
Depuis quelques jours, l’artiste togolais Santrinos Raphaël a entamé une tournée à l’intérieur du pays dans le cadre d’une série de rencontres avec les populations. Cette initiative vise à aller à la rencontre des amateurs de musique, mais surtout des jeunes artistes en quête d’orientation et de repères dans un secteur musical en pleine évolution. Après une première étape à Atakpamé en début de semaine, l’artiste a poursuivi son périple culturel ce vendredi à Sokodé.
Sous sa casquette d’ambassadeur du Festival de l’Indépendance, Santrinos Raphaël a animé une conférence participative, prenant la forme d’un échange direct avec les jeunes talents et professionnels du secteur culturel. L’objectif de cette rencontre était de partager son expérience, mais aussi d’outiller les jeunes artistes sur les réalités du métier. L’activité s’est tenue en présence du Directeur des Arts et de la Culture, M. Dogan Koami, ainsi que du Secrétaire général du Gouvernorat de la région centrale, PIA-Abalo Tohoulebà.
Dans son intervention, Santrinos Raphaël a longuement insisté sur les bases fondamentales de la construction d’une carrière musicale. Selon lui, toute démarche artistique doit commencer par une définition claire du public cible. « Avant de commencer, l’artiste doit faire le ciblage. Les hommes, les femmes, une ethnie donnée, les enfants, le Togo ou l’Afrique francophone, etc. Pour qui veux-tu chanter ? Tout doit être déterminé dès le début », a-t-il expliqué, soulignant que cette étape influence directement la direction artistique et la cohérence des œuvres.
L’artiste a également mis en avant la nécessité de rester connecté aux tendances musicales du moment. Dans un univers en constante évolution, il estime que l’adaptation est un facteur déterminant de réussite. « Il est important que l’artiste actualise sa musique. Un artiste qui veut vite réussir doit suivre les tendances de son moment », a-t-il ajouté, insistant sur l’importance de la veille artistique et de l’innovation.
Santrinos Raphaël a ensuite abordé la question de l’investissement dans la carrière musicale. Il a encouragé les jeunes à privilégier la qualité et la préparation avant toute sortie de projet. Pour lui, la réussite dépend autant du talent que des moyens mobilisés et de la stratégie adoptée. « Si vous voulez être un artiste “newcomer” au lieu d’un artiste “underground”, il faut prendre le temps qu’il faut pour trouver les moyens et investir dans vos œuvres avant de les sortir. Quand c’est bien fait, la réussite suivra forcément », a-t-il conseillé.
Revenant sur son propre parcours, il a évoqué les débuts de sa carrière, notamment les efforts consentis autour de son titre “Fiançailles”, qui a marqué un tournant décisif dans son ascension. « Avant de sortir la chanson “Fiançailles”, j’ai investi dans la production jusqu’à la promotion. Le clip a connu un succès. Les gens ont commencé à m’appeler. Mon premier cachet était 20 000 F CFA, mais j’ai tenu bon », a-t-il raconté. Il a ajouté qu’avec le temps, la reconnaissance et la valeur de son travail ont évolué, tout en rappelant l’importance de la persévérance et de la confiance en soi : « Aujourd’hui, si le cachet n’atteint pas un certain montant, je n’accepte pas. Vous devez aussi y croire », a-t-il affirmé.
De son côté, le Secrétaire général du Gouvernorat de la région centrale, Pia-Abalo Tohoulebà, a salué l’initiative et la démarche de l’artiste, qu’il a qualifiée de contribution importante à la formation et à l’encadrement des jeunes. Il a souligné que les défis du secteur culturel doivent être transformés en opportunités, en misant sur la responsabilité individuelle et collective des acteurs.
Selon lui, la réussite passe également par l’esprit de collaboration et la mutualisation des compétences. Il a encouragé les jeunes à travailler ensemble et à créer une véritable dynamique de groupe pour faire émerger les talents. Il a également insisté sur l’importance de l’ancrage culturel, rappelant que les traditions, les coutumes et le patrimoine constituent une base essentielle pour la création artistique.
Dans cette logique, il a invité les jeunes à s’inspirer des réalités locales, des proverbes et des savoirs transmis par les anciens, en valorisant le dialogue intergénérationnel comme source d’inspiration. Il a également salué la politique de décentralisation du gouvernement, qui permet aujourd’hui des rencontres directes entre les artistes, les autorités et les jeunes dans les différentes régions du pays.
Cette rencontre à Sokodé s’inscrit ainsi dans une dynamique de sensibilisation et d’accompagnement des jeunes talents, où l’expérience des artistes confirmés et l’encadrement institutionnel se rejoignent pour encourager la professionnalisation du secteur musical togolais.
Gilles OBLASSE




